Cadeau de Sandra
Posté par jordanfabienne le 15 avril 2010
Le Barde
Il était allé frapper de maison en maison, cherchant un toit pour la nuit alors que les premiers flocons de neige commençaient à voler. Certains ne prenaient même pas la peine de lui ouvrir, d’autres, après avoir jeté un regard méprisant à ses vieux souliers usés et à ses chausses délavées, le chassaient comme un malotrus. C’était pourtant un barde, ainsi qu’en témoignait la lyre qu’il transportait, un de ces hommes dont l’érudition aurait dû lui garantir le gîte et le couvert dans n’importe quel foyer du royaume.
Malheureusement, la loi qui disait cela, avait plus de deux siècles et au fil des ans, elle s’était peu à peu perdue. Plus aucun soldat du roi ne venait la faire respecter, ils étaient tous trop occupés par les rumeurs de guerre qui agitaient les frontières. Les paysans se sentaient peu concernés par la culture si elle n’était pas agricole et s’ils appréciaient la musique lors des fêtes des beaux jours, en hiver, lorsque les vivres venaient à manquer, elle leur paraissait bien futile.
Le jeune barde ne se départissait ni de sa bonne humeur ni de son sourire, malgré tout les refus qu’il essuyait. Ils avait tenté sa chance dans toutes les demeures qu’il avait rencontrées. Les plus cossues étaient celles où l’accueil était le plus froid. On aurait cru qu’il venait là pour voler les bonnes gens. L’obscurité commençait à envahir les rues et le jeune homme se demandait où il allait passer la nuit. Il pouvait certes se faufiler dans une grange ou dans une écurie pour ne pas rester dans le froid, mais si on venait à le découvrir, il risquait les pires ennuis. Un fermier, le mois précédent, l’avait frappé à coups de bâton sous le regard amusé de ses voisins…
C’est alors qu’il avisa une maison à l’écart du village. Elle avait piteuse allure avec ses murs effrités et son toit qui prenait l’eau, mais à travers les volets de bois filtrait la lumière d’un feu et le barde se dit qu’il ferait bien de tenter sa chance. Après tout, cet abri en valait un autre ! Quand il frappa à la porte, il entendit des voix qui chuchotaient avec inquiétude. Un homme glissa un oeil prudent dans l’entrebâillement de la porte qui soudain s’ouvrit en grand. “Entrez mon garçon ! Ne restez pas sous la neige !” lui dit-on en le laissant passer. La maison appartenait à un couple de vieux et avait dû connaître des jours meilleurs. Ils ne possédaient qu’un bahut, un lit, ainsi qu’une table avec son banc que le vieux avait dû fabriquer de ses mains.
En s’apercevant que le jeune homme faisait l’inventaire du mobilier, son hôte crut devoir le rassurer et lui dit qu’il lui installerait une très confortable paillasse devant le feu. De son côté, la vieille lui servit une soupe chaude dans laquelle elle avait jeté une épaisse tranche de lard, tandis que dans la sienne et dans celle de son époux, les tranches étaient maigrelettes. Ils traitèrent le barde, non pas comme un étranger, mais comme s’il eût été leur propre fils. Le jeune homme leur joua ses plus beaux morceaux de musique et leur chanta des airs qu’on réservait d’ordinaire aux nobles assemblées.
Au petit matin, avant de quitter ses hôtes, il les remercia et leur promit qu’au printemps, leur générosité serait récompensée. Puis il reprit sa route et les vieux n’y pensèrent plus.
Quand les beaux jours revinrent, aucune graine dans le village ne voulut germer. Les branches des arbres restaient nues et aucune fleur ne voulut éclore. Et tandis que leurs voisins se lamentaient, les petits vieux seuls, connurent l’abondance. Le barde avait tenu parole car ce n’était pas n’importe qui : il était celui qui, après l’hiver, faisait chanter la nature. Sa parole réveillait les végétaux et sa musique faisait courir la sève. Celui à qui les villageois avaient refusé l’hospitalité était l’esprit du printemps.
Merci beaucoup de cette attention Sandra .







Bonjour Jacotte,
Sandra écrit de beaux textes et elle t a fait un beau cadeau
gros bisous
Christina
C’était avec plaisir Jacotte ! J’ai écrit ce texte après avoir visité ton blog .Je suis venue plusieurs fois, mais sans laisser de commentaire, puis je me suis dit que c’était vraiment trop bête de ne même pas te faire un petit coucou. Ce conte, c’est ma façon d’exprimer ce que j’ai ressenti en lisant ton histoire. Je te fais de gros bisous,
Sandra
Bonjour Jacotte,
Comme toujours Sandra a laissé sa merveilleuse plume s’envoler au delà de son blog pour venir se poser avec amour sur ton blog, belle Sandra dans son coeur comme dans son physique, la petite fée des blogs est venu offrir à Djé un bien beau conte.
Bisous, Helene